
Le géant du tabac américain Altria s’invite dans l’expérimentation de la légalisation du cannabis aux Pays-Bas
Un géant du tabac américain s'apprête à prendre le contrôle du principal producteur légal de cannabis aux Pays-Bas, soulevant des questions sur l'avenir de l'expérimentation.
Key Points
- 1CanAdelaar, principal producteur de cannabis légal aux Pays-Bas, est en cours d’acquisition par Cronos, contrôlé à 41% par Altria.
- 2Des experts en addiction craignent que les méthodes marketing de l’industrie du tabac influencent la régulation du cannabis.
- 3Philip Morris a financé plusieurs études scientifiques favorables au cannabis, ce qui suscite des doutes sur leur impartialité.
- 4Cronos affirme son indépendance vis-à-vis d’Altria, mais l’opacité des transactions soulève des interrogations.
- 5L’expérience de légalisation néerlandaise est un laboratoire européen jusqu’en 2029, avec une production annuelle importante.
Aux Pays-Bas, l’expérimentation gouvernementale de la légalisation du cannabis connaît un tournant inattendu : CanAdelaar, le principal producteur licencé de cannabis dans ce cadre, est sur le point d’être racheté par Cronos, une entreprise canadienne du secteur, elle-même largement contrôlée par Altria, le mastodonte américain du tabac. Cette prise de contrôle soulève des inquiétudes chez les spécialistes des addictions quant à l’influence possible des stratégies de marketing propres à l’industrie du tabac dans un environnement censé réguler strictement la consommation de cannabis.
L’enjeu dépasse le simple cadre commercial. Le modèle hollandais vise à créer une filière légale et encadrée, évitant le marché noir tout en limitant les effets néfastes sur la santé publique. Or, l’entrée d’un acteur historiquement lié au tabac, secteur aux méthodes de promotion agressives et souvent controversées, pourrait introduire des dynamiques contraires à ces objectifs. Comme le souligne Marc Willemsen du Trimbos Institute, « l’industrie n’a aucun intérêt à freiner la consommation à long terme ».
Ce constat s’appuie sur des pratiques déjà observées dans le domaine de la cigarette électronique, où des entreprises liées au tabac ont utilisé les réseaux sociaux et les influenceurs pour populariser leurs produits, souvent auprès d’un public jeune. Par ailleurs, une enquête révèle que Philip Morris a financé des études scientifiques vantant les bénéfices potentiels des composés du cannabis, suscitant la méfiance quant à l’indépendance de ces recherches, comme l’explique Kevin Jenniskens de Cochrane Netherlands : « les revues financées par l’industrie sont des signaux d’alarme ».
Face à ces critiques, Cronos se défend en affirmant que sa stratégie européenne est indépendante de l’influence d’Altria, précisant que ce dernier ne contrôle ni les opérations quotidiennes ni les choix commerciaux. CanAdelaar assure également son autonomie. Néanmoins, l’opacité autour de ces transactions et le silence des ministères néerlandais de la Justice et de la Santé alimentent les débats sur la gouvernance du projet.
L’expérience néerlandaise, qui s’étalera jusqu’en 2029, produit environ 20 000 kilos de cannabis par an, soit environ 60 millions de joints. Cette production massive dans d’anciennes serres à tomates suscite déjà des plaintes locales, notamment à cause des odeurs. L’arrivée d’un acteur aussi puissant que Altria pourrait modifier profondément le paysage du cannabis légal, tant en termes de marché que de perception sociale.
Chez OG Lab, ferme artisanale à Koh Samui, nous observons avec intérêt ces évolutions, qui rappellent combien la régulation du cannabis reste un terrain complexe mêlant enjeux sanitaires, économiques et sociétaux. L’expérience hollandaise pourrait servir d’indicateur précieux pour d’autres pays européens, y compris la France, qui s’interrogent sur les meilleures façons d’encadrer cette substance.


